Du GRAMPTC au GRAMP : Une mutation institutionnelle et organisationnelle assumée

La société civile tchadienne s’est impliquée depuis plusieurs années dans de nombreux secteurs de la vie sociale et politique du pays. Largement mobilisée dans la lutte contre la pauvreté à travers des projets et programmes sectoriels (santé, éducation, agriculture…), elle a aussi très tôt participé aux débats de la transition démocratique et à la construction de la paix engagée depuis 1990. De nombreux acteurs de la société civile surveillent les atteintes aux droits de l’homme, organisent le suivi des élections, dialoguent avec les partis politiques et le gouvernement…

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Le secteur économique n’a, de son côté, quasiment pas fait l’objet d’attentions particulières de la part de la société civile tchadienne, comme si le changement espéré par les uns et les autres ne pouvait surgir que d’un changement politique.

Quelques expériences ont toutefois été menées par des associations : la participation à la SRNP via le CILONG, et surtout le GRAMPTC à travers ses initiatives de suivi budgétaires et de contrôle des investissements publics à la base dans le cadre de son Observatoire de Gestion des Ressources Publiques (OGRP).


L’augmentation rapide des revenus du Tchad dues aux ressources pétrolières place l’économie au cœur des stratégies de développement de ce pays. Il y avait donc un véritable enjeu pour la société civile tchadienne à construire rapidement les instruments de sa participation active aux débats sur les stratégies économiques du pays et à renforcer sa capacité de surveillance citoyenne de l’exécution de ces stratégies sur le terrain


La mobilisation contre le projet d’exploitation pétrolière dans le sud du Tchad a été menée dans un premier temps contre la Banque mondiale pour bloquer son financement en dénonçant la corruption et l’insécurité qui prévalait dans le pays. Ce fut un plaidoyer exemplaire mené par des leaders de la société civile en association avec des ONG (allemandes, américaines et françaises), ainsi qu’avec l’implication très forte des institutions chrétiennes.

Si ce plaidoyer n’a pu bloquer le financement du projet, il a réussi à ce que la Banque mondiale fasse accepter au gouvernement tchadien des critères d’affectation des revenus pétroliers et la mise en place d’un mécanisme de contrôle indépendant de ces fonds. Ce qui fut traduit dans la loi 001/PR/99 du 11 janvier 1999 portant gestion des revenus pétroliers.

Pour la première fois au Tchad, la mobilisation ne s’est pas limitée aux grandes associations nationales mais a vite concerné très largement les acteurs à la base. Ceux-ci ont été directement associés à l’identification dans les villages des conséquences de la mise en œuvre de l’exploitation et de transport (oléoduc) et pour l’estimation des indemnités compensatoires ainsi qu’à celle des coûts environnementaux du projet. Des représentants des communautés à la base ont visité les régions du Sud du Nigéria pour mieux percevoir les effets de

l’exploitation pétrolière sur l’environnement et la corruption locale. Les acteurs à la base ont aussi été largement impliqués dans la définition du plan de développement des régions productrices conformément à la loi qui prévoyait 5% des ressources à cet effet.

Cette mobilisation a concerné des centaines d’associations en réseau et en partenariat avec de nombreuses ONG internationales. Dans chaque région de production sont nés des collectifs locaux de surveillance qui mobilisent les habitants pour défendre leurs droits, collectent et assurent la circulation des informations. Les associations locales sont rassemblées au sein de Commissions Permanentes Pétrole Locales. Le collectif de Ndjamena (la CPPN) fait office de commission nationale. Les Commissions rassemblent des organisations de toutes les familles d’acteurs de la société civile présentes dans les différentes régions de production (droits de l’homme, syndicats, femmes, jeunes, développement, groupes communautaires…). Au niveau du Collège de Contrôle et de Surveillance des Revenus Pétroliers (CCSRP), la société civile a été représentée officiellement jusqu’en 2008 par des membres reconnus d’associations de Droits de l’Homme, de l’UST, des collectifs de femmes, du patronat…

Plus tard, les réseaux tchadiens se connecteront avec PWYP (Publish What You Pay), un réseau international créé par quelques ONG anglaises dont Global Witness, CAFOD, Save The Children, pour coordonner les actions de plaidoyer face à l’initiative ITIE, elle-même lancée par l’ancien Premier Ministre britannique Tony Blair et qui vise à exiger la transparence dans les revenus des industries extractives.

Ce réseautage a permis de former aux techniques de lobbying et plaidoyer des centaines de leaders nationaux mais surtout locaux, et de renforcer l’émergence d’acteurs dans la partie méridionale du pays.

L’origine et la création du GRAMP/TC sont intrinsèquement liées au contexte qui prévalait dans les années marquant le début des travaux liés à l’exploitation du brut tchadien. Le GRAMPTC devait permettre de prouver la véracité ainsi que la scientificité des arguments qu’apportaient les organisations de la société civile pour qui le moment du lancement du projet pétrolier de Doba n’était, en son temps pas opportun du fait de l’absence quasi-totale de préparation aussi bien techniques qu’humains de l’Etat tchadien. De plus, l’exploitation du pétrole devait entrainer des conséquences non moins négligeables sur l’environnement physique et humain d’où la nécessité de prendre toutes les précautions qui s’imposaient en vue de faire dudit projet un outil de développement et partant de lutte contre la pauvreté.

Le GRAMPTC (Groupe de Recherche et d’Animation sur le Monitoring du Projet Pétrole Tchad-Cameroun) a été créé en 2001 de ce grand mouvement de mobilisation de la société civile tchadienne contre le projet d’exploitation pétrolier. Le GRAMPTC a été créé pour mettre à disposition du public des informations et des analyses relatives au monitoring du projet pétrole et du budget public.

Le GRAMPTC vise à promouvoir une gouvernance responsable des affaires publiques, une gestion équitable et meilleure allocation des ressources afin d’assurer le développement, humain durable. Sa raison d’être est de contribuer au développement économique et social durable du Tchad à travers la recherche action, le monitoring des activités des industries extractives, le lobbying et le plaidoyer.